La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker

« Un bon roman, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé »

HarryQuebert

Ca c’est tout moi. Dans mon dernier billet, je prenais la résolution d’être plus active sur ce blog et je le déserte pendant presque deux mois. Mais ce n’est pas de ma faute, les microbes ont élu domicile en ma demeure et j’ai eu toutes les peines du monde à les y déloger. De plus, j’ai enchainé les lectures « mouais bof », typiquement celles sur lesquelles je n’ai pas grand chose à dire (à part « mouais, bof »). Qu’à cela ne tienne, je reviens sans nez qui coule et pleine d’entrain.

C’est que je suis enfin arrivée à bout des quelques 850 pages que compte La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, en format poche.

Il en a fait du bruit ce roman à sa sortie. Couronnée du Grand prix du roman de l’Académie française et du Goncourt des lycéens, j’ai lu autant d’avis enthousiastes que de critiques acerbes. Je me méfie généralement des livres qui font le buzz et je ne serais sans doute pas allée spontanément vers celui-ci mais puisqu’il a atterri au pied de mon sapin, autant me faire ma propre opinion (et puis j’avoue qu’à force, j’ai fini par être intriguée).

Pour ceux qui auraient passé les dernières années loin de la civilisation et sans connexion internet, un petit résumé de l’histoire s’impose. Marcus Goldman, notre narrateur, est un jeune écrivain dont le premier roman a connu un immense succès (ce qui semble signifier que c’est un « grand roman ») mais qui souffre depuis de « la maladie des écrivains », comprendre qu’il n’arrive plus à écrire. Heureusement, Marcus peut compter sur le soutien son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert qui a lui-même connu la gloire littéraire avec le succès de son roman Les origines du mal (« une merveilleuse histoire d’amour »). Alors qu’Harry vit une vie tranquille à Aurora, une petite ville côtière du New-Hampshire, on retrouve dans son jardin le cadavre d’une adolescente de 15 ans, Nola, mystérieusement disparue 33 ans plus tôt. Accusé du meurtre, Harry fini par avouer qu’il a vécu une histoire d’amour avec la jeune fille alors que lui-même avait 34 ans mais nie le meurtre. Ne pouvant croire à la culpabilité de son ami, Marcus décide de se rendre sur place pour faire éclater la vérité.

De ce que j’ai vu, les pros Dicker et les antis avaient tous l’air d’accord sur un point, on ne  le lit pas pour son style. Et je ne peux que me ranger à l’avis général. J’ai même trouvé ça assez mal écrit. Le pire étant selon moi, les passages où Harry Quebert raconte à Marcus sa bluette avec Nola. J’ai rarement lu quelque chose d’aussi mièvre (pourtant, j’ai lu du Daniel Steele et des Harlequin dans ma lointaine jeunesse, j’ai des références en matière de guimauve). En gros, leur relation se résume à s’appeler « chéri(e) » et à se promettre de s’aimer « pour toujours ».

« […] Harry comprit à cet instant qu’en la faisant venir à Aurora, le destin l’avais mis sur la route de Nola Kellergan, l’être le plus extraordinaire qu’il avait jamais rencontré et qu’il ne rencontrerait jamais plus. Peut-être que son destin n’était pas d’être écrivain mais d’être aimé par cette jeune femme hors du commun ; pouvait-il y avoir plus beau destin ? »

On peine d’ailleurs à comprendre comment un type de 34 ans peut tomber amoureux d’une gamine de 15 ans qui, certes, semble avoir été généreusement pourvue par la nature mais ne brille ni par son intelligence, ni par sa maturité. C’est bien simple, Nola trouve les mouettes merveilleuses, la prose de Harry Quebert merveilleuse, Harry Quebert merveilleux (c’est un génie, elle l’aimera pour toujours), la pluie merveilleuse et l’océan merveilleux. Mais leur amour est « pur », c’est-à-dire qu’il n’y a pas de désir sexuel entre eux ou que s’il y en a, il ne s’exprime pas (tant mieux parce que sinon, cette histoire d’amour « pur » deviendrait un crime selon la loi du New-Hampshire). La pureté de leurs sentiments s’imprime donc par des mots doux (« Oh Harry Chéri » « Nola chérie, Nola d’Amour ») et la conviction qu’ils s’aimeront pour TOUJOURS (j’espère que vous aviez compris).

L’autre écueil du roman, selon moi, c’est que Joël Dicker cite des extraits du roman des Origines du mal qui est censé être un monument de la littérature américaine, un chef d’oeuvre. Or moi, quand on me vend du chef d’oeuvre, j’ai certaines exigences (dont le style). Là, on a une resucée de l’idylle entre Harry et Nola (normal me direz-vous, le roman s’inspire de leur histoire), avec les mêmes défauts ; c’est d’un mièvre !

« Ma chérie,

Comment pouvez-vous dire que je ne vous aime pas ? Voici pour vous des mots d’amour, des mots éternels qui viennent du plus profond de mon coeur. Des mots pour je pense à vous tous les matins quand je me lève, et tous les soirs quand je me couche. Votre visage est imprimé en moi, lorsque je ferme les yeux, vous êtes juste là.

[…]

Je vous aime tant. Tous les jours, et toutes les nuits. »

Nous ne saurons pas si les draps s’en souviennent (attention, v’là la référence !) mais tous les extraits sont de cet acabit.

Autre particularité du roman, chaque chapitre commence par une leçon de littérature, de boxe (nos deux héros aiment la boxe) et de vie de Harry à Marcus. C’est choupinou tout plein mais à part enfoncer des portes ouvertes, je n’en ai pas trop vu l’intérêt.

« Donnez du sens à votre vie. Deux choses donnent du sens à la vie : les livres et l’amour. »

J’ai passé toute la première partie du roman (celui de Dicker, pas celui de Quebert) à me demander pourquoi je m’infligeais ça (partie qui occupe plus de la moitié du roman tout de même). Toutes les deux pages, j’avais envie qu’on m’achève de jeter le livre à travers la pièce. Je n’explique d’ailleurs ma persévérance que par mon état second (phase terminale de rhinopharyngite, c’est moche) et les effets secondaires du Tylenol (je soupçonne les canadiens de rajouter des substances psychotropes à leur paracétamol).

Heureusement, dans la deuxième partie, le récit se resserre (enfin !) sur l’enquête qui démarre pour de bon (après 450 pages, il était temps) et là, j’avoue que mon intérêt s’est un peu éveillé parce qu’en matière de roman à suspens, je suis assez bon public ; je VEUX savoir qui a fait le coup. A partir de là, l’action s’accélère et on passe de rebondissements en rebondissements (un peu trop à mon goût), de suspect en suspect et on finit par avoir le tournis tant les révélations sont nombreuses. J’ai l’impression que Joël Dicker a léger problème de dosage. Autant la première est lente, très lente, mièvre, très mièvre, mal écrite, très mal écrite, autant dans la deuxième (toujours aussi mal écrite mais moins centrée sur l’histoire d’amour Harry-Nola), ça fuse de partout.

Au final, j’ai refermé La vérité sur l’Affaire Harry Quebert contente d’en être venue à bout et de pouvoir passer à autre chose (ce qui d’après Harry Quebert n’est pas le signe des bons livres, pour une fois nous sommes d’accord) et des séquelles psychologiques importantes (mon homme m’a surprise en train de fredonner Aimer sous la douche) (et s’est bien foutu de ma gueule).

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker, Editions de Fallois/L’Âge d’Homme, 2012. 855 pages.

 

Mon challenge Petit Bac 2016

Je ne sais pas vous mais je suis bien contente qu’on en ait fini avec les fêtes de fin d’années. Toute cette frénésie autours de Noël et du Jour de l’An, ça m’épuise. Là, j’entre dans ma période où je ne rêve que de bouillon de légumes et de me coucher tôt. Pour cette année, je ne prends qu’une seule résolution : faire vivre ce blog dont les débuts ont été quelque peu balbutiants (pour dire les choses pudiquement).

C’est pour quoi, quand j’ai vu qu’Enna remettait le couvert avec son challenge du Petit Bac en 2016, j’y ai vu une occasion en or de faire mon petit trou dans la vaste blogosphère littéraire. En plus, ça tombe bien, j’ai de quoi remplir une ligne en piochant dans ma PAL personnelle. Le principe est simple, vous avez dix catégories (plus une optionnelle) et vous devez lire un titre correspondant à chacune. Quand c’est fait, Enna considère que vous avez rempli une ligne. Vous pouvez remplir autant de lignes que vous le souhaitez, vous pouvez même corser le truc en vous imposant une thématique (uniquement des BD, des romans jeunesse, des romans étrangers, des essais… bref, c’est vous qui voyez). Le challenge commence le 1er Janvier 2016 et se termine le 31 Décembre 2016. Et pour connaitre les règles plus en détail, je vous invite à aller lire le blog d’Enna (c’est ICI).

Je suis joueuse mais je suis avant tout petite joueuse. De coups, je ne me suis engagée que pour une seule ligne (11 titres à lire en un an donc) et sans thématique particulière (à part que ce ne sont que des romans). J’ai fait une liste des livres que je compte lire pour ce challenge et comme je suis généreuse, je la partage avec vous (avec en premier lieu, la catégorie à laquelle il appartient) (et comme je suis sympa, j’ai souligné le ou les mot(s) ou le signe se rapportant à la catégorie).

Prénom : So Long, Luise , Céline Minard

Lieu : L’enfer de Church Street, Jake Hinkson

Animal : Le chien de Baskerville, Arthur Conan Doyle

Objet : L’horloge sans aiguille, Carson McCullers

Couleur : La servante écarlate, Margaret Atwood

Voyage : L’hôtel New-Hampshire, John Irving

Spectacle : Le théâtre des perceptions, Angela Carter

Lettre isolée : La dame N° 13, José Carlos Somoza

Ponctuation : Le diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Phrase : Même les cow-girls ont du vague à l’âme, Tom Robbins

Gros mot (optionnel) : La conjuration des imbéciles, John Toole Kennedy

challenge petit bac 2016

Et puisque j’y suis, je vous souhaite une bonne année 2016 !

 

 

 

Les lieux sombres, Gillian Flynn

les lieux sombres

J’aime bien lire un thriller de temps en temps. Alors quand mon amie F, grande lectrice de romans noirs/polars/thriller m’a conseillé Les lieux sombres de Gillian Flynn, j’ai filé à la librairie sans demander mon reste (je lui fait une confiance aveugle à mon amie F.).

De Gillian Flynn, j’avais déjà lu Sur ma peau et Les Apparences et je les avais trouvé rudement bien foutus (avec une préférence pour le premier). Du coup, je ne prenais pas de grands risques en attaquant ce nouvel opus (qui en fait est sorti avant Les Apparences mais on s’en fiche, il ne s’agit pas d’une série). Effectivement, c’est du bon (enfin, pour moi, je ne suis pas non plus une spécialiste de ce genre littéraire). Ce que je n’avais pas vraiment pris en compte, c’est que depuis que j’ai accouché en suant sang et eau (et SANS péridurale !), je suis devenue légèrement plus impressionnable lorsqu’il est question d’enfants assassinés. Ou d’enfants qui assistent au massacre de leur famille. Là, je vous le donne en mille, il est question des deux. Tout ça pour dire que la lecture de ce roman ne fut pas exactement une partie de plaisir (c’est qu’elle est pas avare de détails sanguinolents, Gillian).

Jugez plutôt. Libbie Day, la trentaine bien sonnée, mène une vie triste et morne (oui, les deux). Faut dire qu’elle a des excuses : quand elle était gamine, sa mère et ses deux soeurs ont été sauvagement assassinées dans leur ferme du Middle West. Du haut de ses sept ans, elle avait alors accusé son grand frère de 15 ans, Ben. S’en sont suivies dans années d’errance et de souffrance pour la jeune Libbie (et de taule pour son frangin) qui vit de la générosité des gens touchés par son histoire. Sauf que des enfants qui vivent des trucs atroces, il y en plein et que d’autres ont fini par lui voler la vedette. Aujourd’hui, elle est pas loin d’être fauchée. C’est alors qu’un Killer Club (en gros, un groupe de gens qui se passionnent pour les affaires de meurtres) qui ne croit pas du tout à la culpabilité de Ben, la contacte et lui propose de plonger dans ses souvenirs moyennant finance (le hasard fait sacrément bien les choses dans le monde des thrillers).

Je n’en dirais pas plus pour ne pas spoiler. Le roman alterne entre la vie de Libbie de nos jours et le récit en alternance du jour qui a précédé le meurtre par la mère et le frère de Libbie. Une façon habile de faire monter le suspens et surtout de nous faire découvrir la vie des Day au moment du drame. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que même sans les meurtres, ils se trainaient de sacrés casseroles.

Ce que j’aime bien avec Gillian Flynn, c’est qu’elle a le chic pour vous pondre des personnages un peu troubles, pas franchement résiliants tout en nous les rendants attachants (mais pas tous, il y en a, ils sont juste tarés). L’autre point fort, c’est le suspens (en même temps, un thriller sans suspens, c’est comme du champagne sans bulles, ça n’a aucun intérêt). On veut savoir qui a fait le coup. Ben ? Mais alors pourquoi ? Et si c’est pas lui, qui est le MALADE MENTAL capable de tuer des gens (dont des gamines) à la hache ? Et pourquoi ? POURQUOI ?

Bref, moi, j’ai marché à fond. Tellement à fond que j’ai eu envie de vomir ma pizza quatre fromages (le must de la pizza si vous voulez mon avis) et que j’en ai fait des cauchemars. Un petit bémol tout de même, j’ai trouvé le résolution de l’enquête, un poil capillotractée. Il n’empêche, si vous aimez les ambiances glauques et les meurtres sanguinolents, ce roman et fait pour vous.

Les lieux sombres, Gillian Flynn (traduction d’Héloïse Esquié), Sonatine, 2010. Sorti en poche chez Le livre de Poche, 2011, 512 pages.

Replay, Ken Grimwood

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L’autre jour, en mettant de l’ordre dans ma PAL, je suis tombée sur Replay de Ken Grimwood, incapable de me souvenir où et quand je l’avais acheté. Certes, ma PAL est loin d’être mini et certains livrent y sont en souffrance depuis longtemps mais tout de même… Alzheimer précoce ? J’en ai eu des sueurs froides et histoire de conjurer le sort, j’ai décidé qu’il ne végèterait pas plus longtemps dans ma bibliothèque. Si ça se trouve, c’était le destin qui me l’avait mis sur mon chemin et derrière cette couverture somme toute banale se cachait un véritable chef-d’oeuvre (on a le droit de rêver).

Hum, pour le chef-d’oeuvre, on repassera. En fait, Replay est a rangé dans la catégorie des livres pas franchement mauvais mais pas franchement bon non plus (selon moi, on est d’accord). Je suis arrivée au bout de ma lecture par ce que je voulais connaitre le fin mot de l’histoire mais j’avais hâte de passer à la suivante (de lecture).

Replay raconte l’histoire de Jeff Winston qui meurt à 43 ans d’une crise cardiaque, quittant une vie tristoune entre un mariage qui prend l’eau et un boulot qui l’ennui, et qui se réveille 25 ans plus tôt dans le corps de ses 18 ans. Sauf qu’il garde en mémoire sa vie d’avant. « Wouah, cool ! Une chance de ne pas reproduire deux fois les mêmes erreurs » se dit notre brave Jeff. Sauf que paf, à chaque fois, il remeurt d’une crise cardiaque à 43 ans et c’est reparti pour une nouvelle vie. En gros, le roman repose sur les mêmes ressorts qu’Un jour sans fin, sans l’humour, sans les marmottes et sans Bill Murray (dommage).

Alors, une fois n’est pas coutume, je vais tentée d’être un peu méthodique.

Le fond et la forme

C’est peut-être du à la traduction mais j’ai trouvé l’écriture de Ken Grimwood un peu bancale. Je ne suis pas forcément trop regardante sur le style si tant est qu’il y ait quelque chose dans le roman qui m’accroche (l’histoire, la psychologie des personnages, la réflexion que cherche à susciter l’auteur, ect.) mais tout de même, il faut au moins que ce soit fluide. Là, ça m’a paru poussif.

Par ailleurs, pour éviter de lasser le lecteur avec les différentes vies de Jeff (les replays), Ken Grimwood, use de l’ellipse. Sauf qu’à mon avis, il en abuse. Du coup, je suis restée en dehors du roman, pas vraiment intéressée pas le sort de Jeff. Sans compter que son personnage m’a paru sans relief, assez fade. Et je ne parle pas des personnages secondaires qui ont bien du mal à exister aux yeux lecteur. A peine des esquisses.

La morale de l’histoire (attention, je spoile un peu)

Autant vous le dire tout de suite, on ne saura pas le pourquoi du comment des replays de Jeff. Et pour le coup, j’ai trouvé que c’était assez bien vu de la part de l’auteur parce qu’une explication aurait été forcément décevante (on se fait des films dans sa tête, on entrevoit une infinie de possibilités toutes plus extraordinaires les unes que les autres et là, paf, les extra-terrestres débarquent et viennent gâcher nos délires de lecteur). Par contre, il y a une morale derrière tout ça. En gros, je vous la fait courte, nous, pauvres mortels qui n’avons qu’une vie, nous devons la vivre intensément et aller au bout de nos rêves (je caricature mais à peine). Alors je veux bien mais était-il bien nécessaire de nous pondre 400 pages quand la lecture d’une article de Psychologie magazine aurait suffi ? J’avoue que c’est là que Ken Grimwood m’a perdu.

En conclusion

Pour finir ce billet un poil longuet, je dirais que Replay n’est pas aussi mauvais que ce que je le laisse penser. Beaucoup de lecteurs ont aimé et ça reste sans doute un bon roman pour se divertir. Mais voilà, moi, j’ai été déçue (et quand je suis déçue, j’ai la dent dure). reste que j’ai pu tirer ma propre morale de l’histoire : la prochaine fois que je dégotterai un titre dont j’ai oublié l’existence dans ma PAL, j’y verrai le signe qu’il s’agit sans doute d’une lecture pas indispensable (sinon, je ne l’aurai pas oublié).

Replay, Ken Grimwood, Editions du Seuil, 1988. Sortie en poche chez Le Point, 1097, 448 pages.

VERNON SUBUTEX (tome 1), Virginie Despentes

Vernon Subutex 1

Oh tiens, encore une photo floue !

Bien, ça faisait un certain temps que je n’étais pas revenue sur ce bébé blog (pourtant, c’est écrit dans tous les guides de la parfaite blogueuse qu’il faut avoir un rythme de publication soutenu si on veut connaitre la gloire et la richesse), la faute à des vilains microbes qui nous ont terrassées ma fille et moi (on se répartie les rôles, elle chope les microbes, je fini sur les rotules) et aux attentats de Paris qui m’ont laissé sans mots et m’ont filé un mal du pays assez carabiné (qu’est-ce que j’aurais pas donné ce vendredi 13 Novembre pour être à Paris et serrer mes proches dans mes bras).

Et puis bon, les microbes trépassent, la vie continue et comme j’ai décidé que ce blog serait littéraire, on va parler littérature. Parce que lire, c’est encore ce que je fais de mieux (avec le fondant au chocolat mais ce blog n’est pas culinaire – et tant mieux parce que le fondant est la seule recette que je maitrise) (la vie est une question de priorité, je me nourris exclusivement de chocolat).

Après le relatif désarrois dans lequel m’a laissé Drama Queens, j’ai jeté mon dévolu sur le dernier Virginie Despentes (enfin, l’avant dernier pour être exact), Vernon Subutex. Une valeur sûre me suis-je dis. C’est que moi, Virginie Despentes, je l’aime bien. J’ai pas tout lu, et certains de ses romans m’ont davantage plu que d’autres, mais jusqu’à présent, elle ne m’avait jamais déçue.

Bonne pioche, parce que Vernon Subutex (le tome 1 de sa trilogie) est pas loin d’être ce que j’ai lu de meilleur en 2015 (ceci dit, ce ne fut pas une année très productive d’un point de vue lecturien) (je sais, ce mot n’existe pas). On y suit les tribulations de Vernon Subutex, ancien disquaire, à qui ont vient de sucrer le RSA. Autours de lui, toute une galerie de personnages plus ou moins, paumés, plus ou moins déglingués ainsi qu’un enregistrement d’une auto-interview d’Alex Bleach, chanteur à succès, ami de Vernon et fraichement décédé, qui suscite quelques convoitises.

Je n’en dirais pas plus parce que ce qui fait toute la force de ce roman, c’est la façon dont Virginie Despentes fait vivre ses personnages. Ils sont tous incroyablement humains, plein de failles, parfois horripilants, souvent attachants et qu’elle donne la parole à un réac de droite tendance raciste ou à une jeune fille voilée qui cherche à se rapprocher de son père à travers l’islam, on y croit. Et puis, on retrouve la Hyène, personnage déja rencontré dans son roman Apocalypse Bébé et rien ne pouvait me faire plus plaisir tant elle me plait, cette Hyène.

Alors bien sûr, on est dans un roman de Virginie Despentes alors il y a du sexe, du rock, du porno, de la drogue et des gros mots. Mais surtout, il y a de l’humour, une certaine dose de désespoir mâtinée de nostalgie, de la tendresse, de la rage et même de la poésie. Et puis, il y a son style qui en rebute plus d’un, très oral, très cru mais que je trouve ici particulièrement maitrisé.

Bref, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Vernon et de sa bande de potes et je me fais une joie de les retrouver bientôt avec les tomes 2 et 3. « Quand je pense à tous les romans qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux » écrivait Jules Renard. Eh bien moi, je suis heureuse.

Vernon Subutex, tome 1, Virginie Despentes, Editions Grasset, 2015, 229 pages.